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Grands courants · nº 02

Psychopraticien : histoire d'un terme sulfureux

Un mot né d'un conflit. En protégeant le titre de psychothérapeute, la loi a fabriqué une frontière que la clinique ne reconnaissait pas. Généalogie de 2003 à 2012, partage réel des compétences, et ce qu'aucun décret n'a jamais exigé.

Psychopraticien : histoire d'un terme sulfureux — article de Victoria Herrmani, psychologue clinicienne
Victoria Herrmani, psychologue clinicienne et psychothérapeute

Auteure

Victoria HerrmaniPsychologue clinicienne

Niveau

PsychologuesProfessionnels de l'accompagnement, étudiants avancés

Lecture

14 minutes2 950 mots

Mouvement I — la scène

Ce que mon diplôme de psychologue laissait hors champ

1999, six mois après mon DESS. Une femme d'une cinquantaine d'années, deuxième séance. Elle dit : « Mon fils ne me parle plus depuis deux ans. » Je reformule, proprement, comme on me l'avait enseigné : « Vous vous sentez rejetée. » Elle me regarde. Elle dit : « Non. » Et elle ne dit plus rien pendant vingt-cinq minutes.

Je connaissais les mécanismes de défense. Je savais coter un Rorschach, tenir un raisonnement nosographique, écrire un compte rendu qui tienne devant une équipe. Ce que je ne savais pas, ce jour-là, c'était me taire. Ni ce que ma reformulation venait de lui faire : la nommer à sa place, avant qu'elle ait pu nommer quoi que ce soit.

Personne ne me l'avait appris, et personne n'aurait pu me l'apprendre en amphithéâtre. Il m'a fallu des années de pratique, de supervision et de divan pour comprendre que mon diplôme attestait d'un savoir, et qu'il n'attestait de rien d'autre.

Mouvement II — l'énigme

Psychologue, psychothérapeute, psychopraticien : qui autorise à accompagner ?

Un entretien en face-à-face dans un cabinet, la praticienne prenant des notes — le dispositif de base du psychopraticien comme du psychologue
Deux fauteuils, et une question que ni le diplôme ni le décret ne tranchent : qu'est-ce qui autorise à s'asseoir dans celui-là ?

La question paraît administrative. Elle ne l'est pas. Un cursus universitaire sanctionne des connaissances : il évalue ce que vous savez de la psyché, des tests, des grands tableaux cliniques. Il n'évalue jamais — il ne le peut pas — ce que vous avez traversé, ni ce que vous devenez capable de supporter en face de quelqu'un qui s'effondre. Un jeune psychologue, un jeune psychiatre sortant de l'université sont des professionnels sérieux et compétents dans leur objet propre. Sont-ils pour autant des psychothérapeutes ? Dans les textes, oui. Dans les faits, pas encore. Et ils le savent mieux que quiconque : c'est même ce qu'ils viennent me dire en supervision.

C'est très exactement sur cette faille qu'est né le mot psychopraticien. Pas dans un colloque, pas dans un manuel : dans un conflit politique, entre 2003 et 2012, quand l'État a décidé de protéger le titre de psychothérapeute et que plusieurs milliers de praticiens en exercice ne se sont pas reconnus dans ce que la loi avait retenu comme preuve de compétence.

Le mot a mauvaise réputation. On l'entend comme un titre de repli, une manière élégante de dire « je n'ai pas les diplômes ». Cette lecture est courte. Le mot dit autre chose, et il le dit précisément : praticien, du côté de la pratique et du changement — non du côté de l'expertise, ni de l'évaluation. Reste à savoir si ce qu'il désigne tient debout. C'est tout l'objet de cet article, objections comprises.

Mouvement III — la généalogie

Origine du mot psychopraticien : la bataille du titre, 2003-2012

Tout commence à l'automne 2003. Bernard Accoyer, député et médecin, dépose un amendement qui vise à encadrer l'exercice de la psychothérapie. L'intention affichée est de lutter contre les dérives : praticiens autoproclamés, emprises, pratiques dangereuses vendues comme thérapeutiques. L'intention est légitime, et il faut le dire d'emblée — les dérives existent, je les ai rencontrées, elles font des dégâts durables.

Le texte finit par devenir l'article 52 de la loi n° 2004-806 du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique. Le principe est simple : le titre de psychothérapeute est désormais réservé aux professionnels inscrits sur un registre national. Puis vient le blocage. Il faudra six ans, une modification par l'article 91 de la loi HPST du 21 juillet 2009, et enfin le décret n° 2010-534 du 20 mai 2010 — applicable au 1er juillet — pour que le dispositif existe réellement.

Ce que le décret exige : une formation en psychopathologie clinique de 400 heures minimum et un stage pratique d'au moins cinq mois, dans un établissement autorisé. Ce qu'il prévoit aussitôt : des dispenses. Totales pour les psychiatres, totales ou partielles pour les psychologues, partielles pour les autres médecins et pour les psychanalystes enregistrés dans les annuaires de leurs associations. Le décret n° 2012-695 du 7 mai 2012 assouplira encore les conditions pour les psychologues déjà en exercice et confiera au directeur général de l'ARS la compétence d'inscrire au registre.

Frise chronologique de la protection du titre de psychothérapeute et de l'apparition du mot psychopraticien, de 2003 à 2012 2003 Assemblée nationale L'amendement Accoyer 2004 9 août Article 52 : le titre devient réservé 2010 20 mai Décret 2010-534 : 400 h et un stage. En février, le GLPR 2011 17 novembre Les quatre adoptent « psychopraticien »
Huit ans entre l'amendement et le mot. La profession n'a pas inventé « psychopraticien » pour contourner la loi : elle l'a adopté une fois la loi appliquée, pour nommer ce que la loi ne nommait pas.

Psychopraticien : le mot que les organisations professionnelles ont retenu

Février 2010 : quatre organisations historiques du champ — les syndicats Psy'G (1966) et SNPPsy (1981), les fédérations FF2P (1995) et AFFOP (1998) — se réunissent dans un groupe de liaison, le GLPR. Le mot « psychopraticien », forgé par le SNPPsy dès 2003, y est adopté conjointement le 17 novembre 2011. Trois labels privés en dérivent, selon les organismes : psychopraticien relationnel®, psychopraticien certifié®, psychopraticien agréé.

Ces labels ne sont pas des reconnaissances d'État, et il faut le dire clairement. Ce sont des garanties professionnelles, adossées à cinq critères : une thérapie personnelle approfondie, une formation théorique et pratique, une supervision continue, un code de déontologie, et une reconnaissance par une commission de pairs. Retenez ces cinq critères : nous allons voir au mouvement VI que le décret de 2010 n'en exige aucun.

Titre de psychothérapeute : un mot protégé, une pratique libre

Voici le point que presque tous les articles grand public manquent, et qui change tout. L'ARS ne délivre pas une autorisation d'exercer la psychothérapie. Elle autorise l'usage d'un titre et procède à une inscription sur un registre. En France, la psychothérapie n'est pas un acte médical réservé : la loi a protégé un mot, pas une pratique. C'est précisément pour cette raison que l'exercice sous une autre appellation reste légal — et c'est aussi pourquoi la responsabilité de la qualité retombe entièrement sur la formation, la supervision et la déontologie de chacun.

Mouvement IV — le cœur

Psychologue, psychiatre, psychopraticien : trois compétences distinctes

Redéfinissons proprement les périmètres, sans hiérarchie et sans complaisance. Ce ne sont pas trois niveaux d'un même métier : ce sont trois objets différents.

Le psychologue exerce un titre protégé depuis la loi du 25 juillet 1985. Sa compétence propre est l'évaluation : l'examen psychologique, la passation et l'interprétation des tests, le raisonnement nosographique et nosologique, l'écrit clinique qui fait foi devant une équipe, un juge, une MDPH. C'est un métier de l'expertise du fonctionnement psychique. Sa formation initiale est solide sur la psyché — et à peu près muette sur les techniques de changement, qui s'acquièrent ensuite, ailleurs, à ses frais.

Le psychiatre est d'abord médecin. Sa compétence propre est le soin médical : le diagnostic différentiel, l'élimination d'une cause organique, la prescription, l'hospitalisation, la gestion de l'urgence et du risque vital. La psychothérapie ne constitue pas le cœur de son cursus initial ; ceux qui la pratiquent — et ils sont nombreux, et parfois remarquables — s'y sont formés en plus, par intérêt personnel. Le reprocher à la profession serait absurde : ce n'est pas ce pour quoi on la forme.

Le psychopraticien n'évalue pas et ne prescrit pas. Sa compétence propre est la conduite d'un processus de changement : l'écoute active, le questionnement, l'hypothèse tenue et révisable, le protocole proposé au bon moment. Et une compétence négative, tout aussi décisive : savoir reconnaître ce qui ne relève pas de lui, et passer la main sans lâcher le lien. C'est d'ailleurs ce qu'un parcours de formation au métier de psychopraticien devrait enseigner avant toute technique.

Trois métiers, trois objets : évaluer, soigner, accompagner le changement Psychologue ÉVALUER Examen psychologique, tests, nosographie, écrit clinique. Titre protégé, 1985 Psychiatre SOIGNER Diagnostic médical, prescription, urgence, hospitalisation. Docteur en médecine Psychopraticien ACCOMPAGNER Entretien, protocoles, stratégie de changement, orientation. Appellation libre La personne qui consulte Une seule. Trois places possibles, souvent complémentaires.
Trois objets différents, pas trois niveaux du même métier. Le psychopraticien ne fait pas « moins » que le psychologue : il fait autre chose, et sa première compétence consiste à savoir quand ce n'est pas à lui d'intervenir.
Au fil d'une prise en charge

Un homme de quarante-quatre ans, cadre, arrêté depuis trois semaines pour épuisement. Son médecin traitant a posé l'arrêt et éliminé une cause somatique. Une psychologue a conduit un examen qui met en évidence un trouble anxieux ancien, antérieur au travail, et l'a écrit noir sur blanc — ce qui a changé la conversation avec son employeur.

Et puis il reste ceci, que ni l'un ni l'autre n'a vocation à porter : reprendre. Se lever, retourner sur le parking, franchir la porte. C'est là qu'un accompagnement du changement prend le relais — exposition graduée, travail sur les scénarios anticipés, remise en mouvement. Trois professionnels, trois actes, aucune concurrence.

Situation composite, éléments modifiés, aucune identification possible.

Mouvement V — le terrain

Deux psychopraticiens, deux issues

Vignette 1 — quand ça travaille

Celui qui a su réorienter

Un psychopraticien que je supervise reçoit un homme de trente-six ans adressé par sa compagne pour « des insomnies ». Deuxième séance, il apprend que le sommeil est effondré depuis huit semaines, que l'appétit a disparu, que rien ne fait plus plaisir — et qu'il pense, le soir, que tout le monde serait plus tranquille sans lui.

Il ne tente rien. Il ne propose ni protocole, ni technique de relaxation, ni recadrage. Il nomme ce qu'il entend, dit calmement que ce tableau demande une évaluation médicale sans délai, et appelle le médecin traitant depuis le cabinet, avec l'accord du patient. Puis il fait la seule chose qui lui revient encore : il maintient le lien, propose un rendez-vous la semaine suivante quoi qu'il arrive, et prévient qu'il restera en retrait tant que le suivi médical n'est pas installé.

En supervision, il me dit son malaise : « J'ai eu l'impression de ne rien faire. » Il venait de faire le geste le plus difficile du métier. Reconnaître un tableau qui relève d'un médecin, résister à l'envie d'aider tout de suite, et rester présent sans prendre la place d'un autre — cela ne s'improvise pas, cela s'apprend, et cela s'éprouve.

Situation composite, éléments modifiés, aucune identification possible. Toute idéation suicidaire relève d'une évaluation médicale immédiate ; en France, le 3114 est joignable gratuitement, 24 h/24.

Une patiente en séance, le regard tourné vers la fenêtre, face à sa praticienne qui écoute et prend des notes
Rien de ce qui se décide dans cette minute-là ne figure sur un registre. C'est pourtant là, et nulle part ailleurs, que la compétence se vérifie.

Cette retenue-là s'apprend, et elle s'éprouve. Voici ce qui se produit quand elle manque.

Vignette 2 — quand ça résiste

Celui que son propre deuil rattrapait

Un autre praticien, très bien formé sur le papier : cursus complet, protocoles maîtrisés, aisance réelle en entretien. Il reçoit une femme dont le mari est mort quatre mois plus tôt. Dès la troisième séance, il propose un travail d'apaisement, puis un rituel de séparation, puis une projection dans « l'après ». Elle vient encore deux fois, poliment, puis ne revient pas.

Ce qu'il n'avait pas vu : son propre père était mort deux ans auparavant, et il n'avait jamais rien travaillé de cette mort-là. Chaque minute passée dans le chagrin de sa patiente lui était insupportable. Il n'accélérait pas parce qu'il croyait bien faire — il accélérait pour sortir de la pièce.

Aucune technique n'était en cause. Aucun décret, aucun diplôme, aucune inscription sur aucun registre n'aurait repéré cela. Une seule chose l'aurait repéré : un travail personnel approfondi, et une supervision qui pose la question que personne ne pose spontanément — qu'est-ce que ce patient vous fait, à vous ?

Situation composite, éléments modifiés, aucune identification possible.

Ces deux praticiens ont suivi des formations comparables. Ce qui les sépare ne figure sur aucun document administratif. C'est exactement là que se joue la valeur — ou la vacuité — de n'importe quelle appellation, la mienne comprise.

Mouvement VI — la controverse

Les limites du titre de psychopraticien : ce qui reste à vérifier

Psychopraticien : une appellation entièrement libre

Commençons par la faiblesse principale, et elle est structurelle : « psychopraticien » est une appellation libre. Elle n'est ni réglementée par l'État, ni inscrite au RNCP. N'importe qui peut s'en emparer demain matin, sans formation, sans supervision, sans assurance. Les labels du GLPR — relationnel®, certifié®, agréé — constituent des garanties privées adossées à des commissions de pairs ; ils ont une vraie valeur, mais ils n'engagent que ceux qui les délivrent, et une grande partie du public ignore jusqu'à leur existence.

Réglementer le titre : l'argument d'en face, qu'il faut entendre

Il serait malhonnête de présenter la réglementation comme une pure maladresse administrative. Le champ des psychothérapies non conventionnelles concentre une part notable des signalements traités par la MIVILUDES, et les situations d'emprise que j'ai eu à reprendre en clinique ne sont pas des cas d'école. Un cadre légal qui filtre à l'entrée protège des personnes vulnérables. Cet argument tient. Il faut simplement mesurer ce qu'il a coûté, et ce qu'il ne règle pas.

Le paradoxe du décret de 2010 : cinq critères laissés de côté

Reprenons les cinq critères des organisations professionnelles : thérapie personnelle, supervision, déontologie opposable, formation à une méthode, validation par des pairs. Le décret de 2010 n'en exige aucun. Il exige 400 heures de psychopathologie clinique, un stage, un diplôme initial — et il en dispense, en tout ou partie, ceux qui sortent déjà de médecine ou de psychologie. Autrement dit : la protection d'un titre censée garantir une expérience a ouvert un accès de droit à des professionnels dont personne n'a vérifié qu'ils avaient occupé, ne serait-ce qu'une heure, la place du patient. C'est l'exact inverse de l'intention affichée, et c'est le nœud de toute l'affaire.

Ce que le décret vérifie et ce que la clinique demande : deux ensembles qui ne se recouvrent pas vs CE QUE LE DÉCRET VÉRIFIE Un diplôme initial 400 h de psychopathologie Un stage de cinq mois Une inscription au registre CE QUE LA CLINIQUE DEMANDE Une thérapie personnelle Une supervision continue Une déontologie opposable Une méthode réellement apprise Deux ensembles distincts, à satisfaire tous les deux Un titre régulier ne dit rien du travail sur soi. Un travail sur soi ne dispense d'aucun savoir.
Le décret vérifie des heures et des diplômes. La clinique demande autre chose. Un praticien sérieux, quel que soit son titre, doit satisfaire aux deux colonnes — et c'est à lui, pas à l'administration, d'en répondre.
L'aveu qu'il faut faire

J'ai rencontré des psychopraticiens dangereux : sûrs d'eux, allergiques à la supervision, incapables d'entendre qu'un tableau leur échappait. J'ai aussi rencontré des collègues titrés, régulièrement inscrits, qui n'avaient jamais passé une heure en position de patient et qui produisaient, sans le voir, des dégâts d'un autre ordre — plus discrets, plus longs à réparer.

Le titre ne prédit rien, ni dans un sens ni dans l'autre. Ce que je regarde, quand un praticien me demande une supervision, tient en trois questions : qu'avez-vous travaillé de vous ? à qui rendez-vous compte de votre pratique ? et à qui adressez-vous ce que vous ne savez pas traiter ?

Observations composites issues de la supervision, tout élément identifiant a été modifié.

Ce que chaque titre atteste réellement — et ce qu'il laisse hors champ
TitreCe qu'il attesteCe qu'il n'atteste pas
PsychologueUn cursus universitaire complet, l'évaluation psychologique, la passation de tests. Titre protégé.Ni thérapie personnelle, ni supervision, ni maîtrise d'une technique de changement.
PsychiatreUn diplôme de médecine, le diagnostic médical, la prescription, la gestion du risque vital.Une formation psychothérapeutique, qui reste un choix personnel postérieur au cursus.
PsychothérapeuteUne inscription au registre national, 400 h de psychopathologie clinique ou une dispense.Ni travail sur soi, ni supervision, ni déontologie opposable, ni méthode identifiée.
PsychopraticienRien en droit. Selon le label : formation, thérapie personnelle, supervision, validation par des pairs.Aucune garantie publique. L'appellation est libre et peut être employée sans aucune formation.

La conclusion honnête n'est ni « le titre ne vaut rien », ni « l'appellation vaut le titre ». Elle est plus inconfortable : aucune des deux voies ne suffit, et le public n'a aujourd'hui aucun moyen simple de faire la différence. C'est notre problème collectif, et il n'est pas résolu.

Mouvement VII — l'ouverture

Devenir psychopraticien : ce qui s'apprend hors de l'amphithéâtre

Un patient allongé sur un divan, les mains ouvertes, face à sa thérapeute assise en retrait — la place que tout praticien devrait avoir occupée
La place du patient. Aucun cursus, aucun décret, aucun registre ne peut la faire occuper à quelqu'un qui n'a pas décidé de s'y asseoir.

Il reste une chose que ce texte ne peut pas transmettre, et c'est la seule qui compte vraiment. Le travail sur soi ne se fait pas en écoutant des cours. Il se fait en passant sur soi les techniques et les postures qu'on prétend enseigner : avoir été induit avant d'induire, avoir été questionné avant de questionner, avoir senti dans son propre corps ce que produit une reformulation qui arrive trop tôt — comme celle que j'ai servie à cette femme en 1999.

C'est de cela que Lacan parlait avec la passe, et c'est de cela que parlaient les quatre organisations en 2011 quand elles ont retenu, parmi leurs cinq critères, une thérapie personnelle approfondie. Ce n'est pas un supplément d'âme ni une coquetterie d'école : c'est le seul dispositif connu pour qu'un praticien sache distinguer ce qui appartient au patient de ce qui lui appartient à lui. Sans cela, le savoir théorique le plus solide devient un instrument d'aveuglement — et vous n'entendrez jamais que vous accélérez pour sortir de la pièce.

Ce mot de psychopraticien est modeste, et je l'aime pour cela. Il ne revendique ni l'expertise du psychologue, ni le pouvoir de soin du médecin. Il dit une chose et une seule : je conduis un processus, avec des outils que j'ai éprouvés sur moi, et je sais ce qui ne relève pas de moi. Compte tenu de l'état du système de santé mentale et des délais d'accès aux soins, il y a largement place pour plusieurs formes d'accompagnement — à condition que chacune sache dire d'où elle parle.

Victoria Herrmani, psychologue clinicienne et psychothérapeute
Victoria Herrmani
Qui écrit ces lignes

Victoria Herrmani

Psychologue clinicienne et psychothérapeute intégrative, titulaire d'un DESS de psychologie clinique et psychopathologie, inscrite auprès de l'ARS. Vingt-six ans de pratique, dont une quinzaine d'années en institution — milieu carcéral, psychiatrie, protection de l'enfance, aide aux victimes — avec une orientation psychanalytique, avant l'exercice libéral et la maison de santé pluridisciplinaire.

Spécialisée en psychotraumatologie, ESPT et trauma complexe. Formée aux grands courants de la psychothérapie : Gestalt, psychologie jungienne, analyse transactionnelle, psychodrame, systémie, art-thérapie, thérapies brèves, hypnose. Fondatrice d'Ellipsy, organisme certifié Qualiopi, superviseure de professionnels du soin et de l'accompagnement, et auteure d'ouvrages spécialisés en psychologie clinique et thérapies brèves.

  • DESS psychologie clinique et psychopathologie
  • 26 ans de pratique clinique
  • Inscrite au registre des psychothérapeutes
  • Spécialisée en psychotraumatologie
  • Superviseure et formatrice
  • Organisme certifié Qualiopi

Le parcoursPsychopraticien : le socle théorique, la posture et les outils du changement

Aucune filière publique ne forme aujourd'hui au métier de psychopraticien en France. Les instituts historiques le transmettent sur plusieurs années, avec thérapie personnelle et supervision — et c'est une bonne chose : cette exigence-là est le cœur du métier. Le parcours Ellipsy s'inscrit dans la même logique, sur trois cycles progressifs, du socle théorique jusqu'à la conduite d'une séance et à l'installation, avec un choix parmi quarante-huit modules.

Huit cent quarante heures conçues et écrites par une seule psychologue clinicienne — pour que la place de chacun y soit enseignée clairement, et que chaque protocole soit d'abord passé sur soi avant d'être proposé à quelqu'un.

Évaluer et orienterReconnaître ce qui relève d'un médecin, d'un psychologue ou d'un psychiatre — et passer la main sans lâcher le lien.
Conduire l'entretienÉcoute active, questionnement socratique, hypothèse clinique tenue et révisable, gestion du silence.
Les outils du changementThérapies brèves, hypnose, PNL, systémie : quand les proposer, comment les doser, quand s'abstenir.
Éprouver sur soiChaque technique expérimentée en position de patient : c'est là, et nulle part ailleurs, que se forme la posture.

840 h · trois cycles · un choix parmi 48 modules · e-learning, entrées permanentes · organisme certifié Qualiopi. Le parcours validé donne lieu à un certificat de compétences en formation professionnelle continue : ce n'est ni un diplôme d'État, ni un titre inscrit au RNCP, et il ne confère pas les titres réglementés de psychologue ou de psychothérapeute.

Psychopraticien : pour aller aux sources

  • Article 52 de la loi n° 2004-806 du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique. Le texte qui réserve l'usage du titre de psychothérapeute aux professionnels inscrits au registre national.
  • Décret n° 2010-534 du 20 mai 2010 relatif à l'usage du titre de psychothérapeute, modifié par le décret n° 2012-695 du 7 mai 2012. Les 400 heures, le stage de cinq mois, et le régime des dispenses.
  • Instruction n° DGOS/RH2/2012/308 du 3 août 2012. Les modalités concrètes d'inscription au registre, notamment pour les psychologues.
  • INSERM, Psychothérapie : trois approches évaluées, expertise collective, 2004. Le rapport qui a nourri, et durci, tout le débat français sur l'évaluation des psychothérapies.
  • Ginger S., Psychothérapie : 100 réponses pour en finir avec les idées reçues, Dunod, 2006. Écrit par l'une des figures du camp professionnel pendant la bataille du titre.
  • Lacan J., « Proposition du 9 octobre 1967 sur le psychanalyste de l'École », in Autres écrits, Seuil, 2001. La source du dispositif de la passe, évoqué au premier mouvement.
  • Herrmani V., ouvrages de psychologie clinique et de thérapies brèves. Page auteure.

Questions fréquentes sur le métier de psychopraticien

Quelle est la différence entre un psychologue et un psychopraticien ?

Ce sont deux métiers distincts, souvent complémentaires. Le psychologue exerce un titre protégé par la loi de 1985, obtenu après un cursus universitaire complet ; sa compétence propre est l'évaluation du fonctionnement psychique, y compris la passation de tests. Le psychopraticien accompagne un processus de changement à l'aide de méthodes apprises en formation continue : il ne pose pas de diagnostic, et une part essentielle de sa compétence consiste à repérer ce qui relève d'un professionnel de santé mentale et à orienter. Son appellation n'est pas réglementée.

Le titre de psychopraticien est-il reconnu par l'État ?

Non. « Psychopraticien » est une appellation libre : elle n'est ni protégée par la loi, ni inscrite au RNCP. Elle a été retenue conjointement en 2011 par quatre organisations professionnelles historiques — SNPPsy, FF2P, AFFOP et Psy'G — qui délivrent des labels privés adossés à cinq critères : thérapie personnelle, formation, supervision, déontologie et validation par des pairs. Ces labels sont des garanties professionnelles, pas des reconnaissances publiques.

Faut-il être psychologue pour devenir psychopraticien ?

Non. Le métier est ouvert aux personnes en reconversion comme aux professionnels du soin, du social et de la relation d'aide déjà en exercice — infirmiers, éducateurs, coachs, praticiens formés à une autre approche. Ce qui compte n'est pas le diplôme d'entrée mais la solidité du parcours suivi : socle en psychopathologie, méthode réellement apprise, travail personnel et supervision. En France, les titres de psychologue et de psychothérapeute restent réglementés : aucune formation de psychopraticien ne les confère.

Ellipsy — formations en psychologie clinique et thérapies brèves Article rédigé par Victoria Herrmani, psychologue clinicienne
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