Stress, anxiété, angoisse : de quoi parle-t-on vraiment ? | Ellipsy
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Stress, anxiété, angoisse :de quoi parle-t-on vraiment ?

Stress, peur, anxiété, angoisse, panique, phobie : nous employons ces six mots comme des synonymes. Ils ne désignent pourtant ni la même expérience, ni le même trouble, ni la même thérapie. Histoire, psychanalyse, neurosciences et DSM-5-TR : voici comment les distinguer, en séance comme dans sa propre vie.

Stress, anxiété, angoisse : de quoi parle-t-on vraiment ? Bureau de psychologue, une patiente assise près de la fenêtre dans la pièce voisine
Victoria Herrmani, psychologue clinicienne et psychothérapeute

Auteure

Victoria HerrmaniPsychologue clinicienne

Niveau

Psychologues · personnes concernéesProfessionnels de l'accompagnement, étudiants avancés

Lecture

14 minutes3 140 mots

I

La scèneStress, peur, angoisse : six mots pour une même plainte ?

Mardi, dix-huit heures. Une patiente s'assoit et parle vite. « Je stresse depuis lundi. J'ai peur de ne pas tenir le dossier. La nuit, je suis angoissée. Hier, dans le métro, j'ai fait une crise de panique. Je crois que c'est devenu une phobie. Bref, je suis anxieuse. » Elle a employé six mots en moins de trois minutes, comme des synonymes.

Elle n'a rien fait d'étrange : nous parlons tous ainsi. Pourtant, ces six mots décrivent six expériences différentes. La peur répond à un danger présent. L'anxiété anticipe un danger à venir. L'angoisse serre le corps sans objet désigné. La panique déclenche une alarme maximale en quelques minutes. La phobie fixe la peur sur un objet précis. Le stress, enfin, mesure l'écart entre ce que l'on nous demande et ce que nous pouvons donner.

Quelle est donc la différence entre stress, anxiété et angoisse, et pourquoi faut-il la faire ? Parce que le mot juste oriente l'écoute, le diagnostic et le choix de la thérapie. Pour le patient, il apporte souvent un premier soulagement : ce qu'il vit porte un nom.

Patiente anxieuse en séance de psychothérapie, qui décrit à sa psychologue ce qu'elle ressent dans son corps
Le mot que choisit le patient dit déjà quelque chose de ce qu'il traverse.
II

Histoire des motsD'angustia au DSM : l'histoire de la peur, de l'angoisse et de l'anxiété

Le mot « angoisse » vient du latin angustia, l'étroitesse : la gorge serrée, la poitrine prise dans un étau. « Anxiété » vient d'anxietas, de la même racine angere, serrer. Cicéron les distinguait déjà : l'angor désigne un accès passager, l'anxietas une disposition durable. La « panique » vient du dieu Pan, à qui les Grecs attribuaient les terreurs soudaines. La « phobie » vient de phobos, la fuite. En 1871, Carl Westphal décrit l'agoraphobie, première phobie au sens moderne.

En 1844, Kierkegaard sépare la peur, qui porte sur un objet déterminé, de l'angoisse, qui porte sur le rien et sur le possible. La médecine française ajoute ensuite une nuance que l'anglais ignore. En 1890, le neurologue Édouard Brissaud réserve « angoisse » au versant physique et « anxiété » au versant psychique. En 1895, Freud isole la névrose d'angoisse. Ses traducteurs rendront Angst tantôt par angoisse, tantôt par anxiété : notre confusion date en partie de là.

Le stress arrive en 1936 avec Hans Selye, qui emprunte le terme à la physique des matériaux. Au début des années 1960, le psychiatre Donald Klein observe qu'un antidépresseur calme les attaques de panique sans apaiser l'anxiété de fond. Il en conclut qu'il s'agit de deux phénomènes distincts. En 1980, le DSM-III en tire la leçon : il fait éclater la névrose d'angoisse en deux diagnostics, le trouble panique et l'anxiété généralisée.

Les mots du vécu la langue, le mythe, la philosophie Les mots de la clinique la médecine nomme et classe Antiquité · Grèce Pan et la terreur « panique » Antiquité · Rome Cicéron : angor et anxietas 1844 · Copenhague Kierkegaard : peur et angoisse 1871 · Berlin Westphal décrit l'agoraphobie 1895 · Vienne Freud : la névrose d'angoisse 1936 · Montréal Selye : le futur « stress » 1980 · le DSM-III trouble panique et anxiété généralisée
Six mots, deux lignées. La langue a d'abord nommé le vécu, la clinique l'a ensuite découpé en diagnostics.
III

Quatre lecturesPeur, anxiété, angoisse : ce qu'en disent la psychanalyse, le cognitivisme et les neurosciences

Chaque grande tradition trace sa propre frontière entre ces mots. Aucune ne suffit seule. Ensemble, elles dessinent pourtant une carte cohérente, utile en séance quelle que soit notre orientation.

1La lecture psychanalytique : l'objet et la surprise

En 1920, Freud distingue trois termes. La Furcht, la peur, porte sur un objet déterminé. L'Angst, l'angoisse, attend le danger, même inconnu, et s'y prépare. Le Schreck, l'effroi, frappe un sujet qui ne s'y était pas préparé. L'angoisse protège donc de l'effroi, et le traumatisme commence là où elle a manqué. En 1962, Lacan précise que l'angoisse n'est pas sans objet : son objet échappe simplement à la représentation.

2La lecture psychodynamique : un signal pour le moi

En 1926, Freud renverse sa théorie. L'angoisse ne résulte plus du refoulement : elle le déclenche. Elle devient un signal d'alarme que le moi émet devant un danger interne, et le moi mobilise alors ses défenses. La phobie illustre ce mécanisme. Le petit Hans déplace sur les chevaux une angoisse qui concernait son père : un objet que l'on peut éviter remplace un danger que l'on ne peut pas fuir. La phobie est une solution coûteuse, mais c'est une solution.

3La lecture cognitive : une évaluation, une interprétation

Pour Richard Lazarus, le stress naît d'une double évaluation : cette situation me menace-t-elle, et ai-je les ressources pour y faire face ? Pour Aaron Beck, l'anxiété surestime la menace et sous-estime les ressources. En 1986, David Clark décrit la panique comme l'interprétation catastrophique de sensations banales. Le cœur accélère, le patient pense à l'infarctus, et la peur accélère encore le cœur. Quant à la phobie, l'évitement la soulage, et ce soulagement entretient l'évitement.

4La lecture des neurosciences : deux circuits et un axe

Face à un danger présent, l'amygdale orchestre une réponse brève et intense : c'est le circuit de la peur. Face à un danger diffus, une structure voisine, le noyau du lit de la strie terminale, entretient une vigilance prolongée : c'est le circuit de l'anxiété. Le stress mobilise l'axe du cortisol, qui protège à court terme et use à long terme. Joseph LeDoux, pionnier de l'étude de l'amygdale, rappelle toutefois que ces circuits détectent la menace sans fabriquer à eux seuls le sentiment de peur.

Quatre langages, donc, pour une même géographie. Tous opposent un danger présent à un danger à venir, et un objet identifiable à une menace qui n'en a pas. Le schéma qui suit place nos six mots sur cette carte.

Menace présente · maintenant Menace anticipée · demain Objet identifié Sans objet désigné La peur Un danger précis, là, devant moi. La phobie Un objet précis, redouté d'avance et évité. La panique L'alarme au maximum, culminant en quelques minutes. L'angoisse Le corps serré, sans savoir pourquoi. L'anxiété Un danger flou, toujours à venir. Le stress une exigence face à mes ressources
La carte des six mots. Le stress se tient au centre : il ne répond pas à une menace, mais à une exigence, et il peut nourrir chacun des quatre autres territoires.
IV

Le trouble aujourd'huiDu normal au pathologique : les troubles anxieux dans le DSM-5-TR

Aucun de ces six états n'est en soi une maladie. La peur nous sauve la vie. L'anxiété nous fait préparer l'examen. Le stress mobilise nos forces. Le trouble commence quand la réponse devient disproportionnée, durable et envahissante, et qu'elle coûte plus qu'elle ne protège.

Capacité à faire face Intensité et durée de l'alarme le meilleur de nos moyens seuil Quatre signes la disproportion la durée l'évitement le retentissement La torpeur trop peu d'élan La zone utile vigilance, élan, peur qui protège Le débordement l'alarme devient le problème
La courbe de la mobilisation, inspirée de la loi de Yerkes et Dodson (1908). Avant le seuil, l'alarme nous sert. Au-delà, elle nous coûte.

Le DSM-5-TR, publié en 2022 par l'Association américaine de psychiatrie, décrit la peur comme la réponse à une menace imminente, et l'anxiété comme l'anticipation d'une menace future. Voici où chacun de nos six mots atterrit quand il devient pathologique.

  • La peur devient une phobie spécifique quand elle se fixe, à l'excès et durablement, sur un objet ou une situation : un animal, le sang, le vide, l'avion.
  • La phobie se décline aussi en anxiété sociale, centrée sur le regard d'autrui, et en agoraphobie, centrée sur les lieux d'où l'on ne pourrait pas s'échapper.
  • L'anxiété devient un trouble d'anxiété généralisée quand les inquiétudes débordent sur plusieurs domaines de la vie, échappent au contrôle et persistent depuis au moins six mois.
  • La panique devient un trouble panique quand les attaques se répètent sans prévenir et laissent la crainte de la suivante.
  • Le stress relève d'un autre chapitre, celui des troubles liés aux traumatismes et aux facteurs de stress : trouble de l'adaptation, trouble de stress aigu, trouble de stress post-traumatique.
  • L'angoisse n'apparaît nulle part : l'anglais clinique ne connaît que le mot anxiety.

Ce découpage a ses critiques, et nous devons les connaître. En 1980, le DSM-III a abandonné la « névrose » pour se vouloir neutre envers les théories. Il a perdu au passage l'idée que le symptôme a un sens. En effaçant l'angoisse, la nosographie efface aussi une expérience que nos patients décrivent avec précision. Depuis 2009, des chercheurs américains proposent même de remplacer les catégories par des dimensions de la menace. La CIM-11, la classification de l'Organisation mondiale de la santé, a choisi pour ce chapitre un intitulé éloquent : les « troubles anxieux ou liés à la peur ».

Homme anxieux assis dans un fauteuil de cabinet, les mains jointes devant la bouche, le regard perdu
« Je suis juste stressé. » Derrière ce mot, il faut parfois chercher une panique ou une angoisse.
V

À ne pas confondreStress, anxiété, angoisse, panique, phobie : les différences en un coup d'œil

Cinq questions suffisent pour distinguer ces états. Y a-t-il un objet ? Le danger est-il présent ou à venir ? Que fait le corps ? Combien de temps la réaction dure-t-elle ? Quand bascule-t-elle dans la souffrance ? Les six fiches qui suivent y répondent pour chaque mot.

Le stress

Une exigence qui dépasse mes ressources.

Objet
une situation, une charge identifiable
Temps
le présent, souvent prolongé
Corps
tension, fatigue, sommeil léger
Durée
tant que dure la contrainte
Bascule
épuisement, trouble de l'adaptation
Levier
réguler, avec l'EFT thérapeutique

La peur

Un danger réel, là, maintenant.

Objet
précis et présent
Temps
l'instant
Corps
sursaut, fuite ou figement
Durée
quelques secondes à quelques minutes
Bascule
quand elle survit au danger
Levier
s'exposer, pas à pas

La phobie

Un objet précis, redouté d'avance.

Objet
précis, souvent sans danger réel
Temps
au contact, et dans l'anticipation
Corps
peur intense face à l'objet
Durée
elle persiste tant qu'on l'évite
Bascule
quand l'évitement rétrécit la vie
Levier
exposition, PNL, EFT ciblée

L'anxiété

Un danger flou, toujours à venir.

Objet
diffus, multiple, futur
Temps
demain, et après-demain
Corps
tension musculaire, sommeil haché
Durée
des jours, parfois des mois
Bascule
anxiété généralisée
Levier
les TCC

L'angoisse

Le corps serré, sans savoir pourquoi.

Objet
absent ou insaisissable
Temps
maintenant, souvent le soir
Corps
gorge nouée, poitrine oppressée
Durée
quelques minutes à quelques heures
Bascule
quand elle envahit les nuits
Levier
la thérapie existentielle

La panique

L'alarme au maximum, sans prévenir.

Objet
aucun, ou le corps lui-même
Temps
brutal, avec un pic en quelques minutes
Corps
cœur emballé, souffle court, vertige
Durée
souvent moins d'une demi-heure
Bascule
trouble panique, agoraphobie
Levier
exposition aux sensations

Avant de conclure à un trouble anxieux, nous devons aussi écarter ce que le corps cache derrière l'alarme. Trois pièges reviennent souvent au cabinet.

1

La thyroïde qui s'emballe

Une hyperthyroïdie provoque palpitations, tremblements et insomnie. Le tableau ressemble trait pour trait à une anxiété généralisée. Toute anxiété récente et inexpliquée mérite donc un bilan médical.

2

Le café, l'alcool et les sevrages

Le café entretient la nervosité. L'alcool apaise le soir et réveille l'angoisse au petit matin. L'arrêt brutal de certains anxiolytiques déclenche des symptômes de panique : ce sevrage se prépare toujours avec le médecin.

3

La dépression sous le masque de l'anxiété

Beaucoup de dépressions commencent par l'inquiétude. Derrière la plainte anxieuse, nous cherchons toujours la tristesse, la perte de plaisir et les idées noires.

Vignette clinique · composite et anonymisée

« Je suis juste stressé »

Il a trente-quatre ans et trois passages aux urgences en six mois. Chaque fois, son cœur s'est emballé dans un lieu clos. Chaque fois, l'électrocardiogramme était normal. Le cardiologue a conclu : « C'est le stress. »

Je lui demande de me raconter la dernière crise, minute par minute. Rien ne la précédait. Elle a culminé en moins de dix minutes. Depuis, il évite l'ascenseur et s'assoit toujours près de la porte. Ce qu'il vit n'est pas du stress : ce sont des attaques de panique, avec un début d'évitement agoraphobique.

Le changement de mot a changé la thérapie. Le stress appelait du repos, et le repos n'avait rien réglé. La panique appelait une exposition progressive aux sensations du corps. Entre les séances, il a appris une courte routine d'EFT pour faire redescendre l'alarme quand elle montait. Il a trouvé lui-même sa formule : « Mon cœur n'est pas malade. Il est trop bien gardé. »

VI

AccompagnerStress, peur, anxiété, angoisse : quelle thérapie pour quel état ?

Distinguer ces états n'a d'intérêt que si cela change ce que nous faisons. Un même patient en traverse souvent plusieurs, et nous combinons volontiers les outils. Mais chaque état a son levier principal, et le premier geste consiste à l'identifier.

Deux versions du même moment Un patient s'assoit et dit : « Je suis stressé, c'est tout. »

La réponse qui rassure

Comme tout le monde en ce moment. Vous devriez prendre quelques jours pour souffler.

Bienveillante et banale, elle valide le mot sans l'examiner. Si ce « stress » cache une panique ou une dépression, la séance passe à côté.

vs

La réponse qui distingue

Racontez-moi la dernière fois. Que se passait-il juste avant ? Et dans votre corps ?

Elle ne conteste pas le mot, elle l'ouvre. En deux minutes, nous savons s'il existe un objet, une durée, un évitement. Le diagnostic naît du récit, et non de l'étiquette.

Le stress

Le stress : réguler d'abord, avec l'EFT

Le stress répond à une charge réelle. Il faut alléger ce qui peut l'être, et rendre au corps sa capacité de redescendre. L'EFT thérapeutique, ou technique de libération émotionnelle, sert ce second plan. Elle associe trois gestes : nommer précisément la sensation, formuler une phrase d'acceptation de soi, et tapoter une série de points du visage et du haut du corps. Le patient la pratique ensuite seul, entre les séances.

Disons honnêtement où en sont les preuves. Plusieurs essais rapportent une baisse du stress, mais des points choisis au hasard donnent des résultats proches. L'effet tient donc moins aux méridiens qu'à l'exposition, à l'acceptation et à l'apaisement par le toucher. C'est précisément ce qui sépare l'EFT thérapeutique des rondes de tapotement que l'on trouve en vidéo. Ce qui soigne, c'est la façon de cibler l'émotion juste, de formuler l'acceptation avec les mots du patient et de tenir l'exposition quand l'émotion monte. Cela ne s'improvise pas : cela s'apprend.

Séance d'EFT : une patiente tapote son poignet pendant que le thérapeute lui montre le point sous la clavicule
En EFT, le thérapeute montre le geste. La patiente se l'approprie, puis le pratique seule entre les séances.

La peur et la phobie

La peur et la phobie : s'exposer, avec les TCC et la PNL

La phobie se nourrit de l'évitement. Le traitement de référence consiste donc à revenir, pas à pas, vers ce que l'on fuit : les thérapies comportementales et cognitives en ont fait leur outil le mieux validé. La PNL prolonge ce travail avec la double dissociation : le patient revoit la scène redoutée comme un film, puis se regarde en train de la regarder. Les études contrôlées sur la PNL restent rares : nous l'utilisons dans le prolongement de l'exposition, et non à sa place. L'EFT thérapeutique y trouve aussi sa place sur une peur précise : elle aide le patient à tenir l'exposition en apaisant l'émotion au moment où elle monte.

L'anxiété et la panique

L'anxiété et la panique : comprendre le cercle, avec les TCC

Pour l'anxiété généralisée comme pour le trouble panique, les TCC restent le traitement psychologique le mieux étayé. Avec le patient anxieux, nous travaillons l'intolérance à l'incertitude. Avec le patient qui fait des attaques de panique, nous dessinons le cercle de Clark, puis nous provoquons les sensations redoutées : respirer vite, tourner sur une chaise. Le corps découvre qu'il peut s'emballer sans danger. Une fois le symptôme apaisé, rien n'empêche d'élaborer ce qu'il venait dire.

L'angoisse est le vertige de la liberté.

Søren Kierkegaard, Le Concept d'angoisse, 1844

L'angoisse

L'angoisse : retrouver le sens, avec la thérapie existentielle

Certaines angoisses ne relèvent d'aucune erreur de calcul. Elles surgissent après un deuil, une maladie ou une retraite. Elles portent sur la mort, la liberté, la solitude ou le sens : les quatre préoccupations ultimes décrites par Irvin Yalom. On ne corrige pas la finitude. On la regarde avec le patient, et l'on cherche ce qui donne du poids à ses choix. La thérapie existentielle entend l'angoisse comme une question, et non comme un symptôme à supprimer.

Vignette clinique · composite et anonymisée

« Ce n'était pas une pensée, c'était un trou »

Il a cinquante-deux ans. Depuis la mort de son père, il se réveille vers trois heures du matin, la poitrine serrée, sans pensée précise. Un premier thérapeute lui avait proposé un tableau d'enregistrement des pensées. Il me raconte que la colonne des pensées automatiques restait vide : « Ce n'était pas une pensée. C'était un trou. »

Il ne surestimait aucune menace : il venait de comprendre qu'il serait désormais le suivant. Nous n'avons pas corrigé cette idée, puisqu'elle est exacte. Nous avons parlé de ce qu'il voulait faire du temps qui reste, et de ce qu'il voulait transmettre à ses enfants. Les réveils se sont espacés, puis ils ont changé de couleur : « Maintenant, quand je me réveille, je pense à eux. »

Sachons enfin passer la main. Nous orientons vers un médecin quand des symptômes physiques apparaissent pour la première fois, quand le patient boit ou prend des médicaments pour tenir, ou quand surgissent des idées suicidaires. Médicament et psychothérapie se complètent souvent.

VII

Pour vous, si vous vous posez la questionStress, anxiété ou angoisse : comment savoir ce que je vis ?

Cette partie s'adresse à vous qui vous reconnaissez dans ces mots, pour vous-même ou pour un proche. Elle ne remplace pas une consultation et ne pose aucun diagnostic. Elle vous aide à nommer ce que vous ressentez, et à savoir quand demander de l'aide.

1

Y a-t-il un objet ?

Un objet précis évoque la peur ou la phobie. Une inquiétude qui change sans cesse de sujet évoque l'anxiété. Une oppression sans objet évoque l'angoisse.

2

Est-ce maintenant, ou demain ?

La peur répond à ce qui arrive. L'anxiété répond à ce qui pourrait arriver. Le stress répond à ce que l'on vous demande.

3

Que fait votre corps ?

Une crise brutale, qui culmine en quelques minutes, ressemble à une attaque de panique. Une tension sourde et continue évoque plutôt l'anxiété ou le stress.

4

Depuis combien de temps ?

Un stress lié à une période chargée s'apaise avec elle. Une inquiétude présente presque chaque jour depuis des mois mérite que l'on s'y arrête.

5

Qu'évitez-vous ?

Renoncez-vous à certains lieux, trajets ou rencontres ? L'évitement soulage sur le moment, mais il entretient la peur.

6

Qu'est-ce que cela vous coûte ?

Votre sommeil, votre travail ou vos relations en souffrent-ils ? Ce retentissement, plus que l'intensité, marque la frontière avec un trouble.

Quand consulter ?

Consultez un psychologue ou votre médecin si ces états durent depuis plusieurs semaines, s'ils vous font renoncer à ce qui compte, ou si vous avez besoin d'alcool ou de médicaments pour tenir. Vous n'avez pas besoin d'aller « vraiment mal » pour demander de l'aide. Ces difficultés se soignent bien, surtout quand on les prend tôt.

En cas d'urgence. Une douleur dans la poitrine, un malaise ou une gêne respiratoire inhabituelle justifient d'appeler le 15 ou le 112, même si vous pensez à une crise de panique : c'est au médecin d'écarter une cause cardiaque. Si des idées suicidaires vous traversent, le 3114, numéro national de prévention du suicide, répond jour et nuit, gratuitement.

OuvertureLa suite de la série : un article par trouble anxieux

Ce préambule fixe le vocabulaire. Les prochains articles de la rubrique En séance prendront les troubles un par un : le trouble panique, l'anxiété généralisée, l'anxiété sociale, les phobies spécifiques, puis les troubles liés au stress et au traumatisme. Chacun suivra le même chemin, de l'histoire du trouble à la partie réservée aux personnes concernées. Le mot juste n'est jamais une fin : c'est le début d'une écoute plus précise.

Portrait de Victoria Herrmani, psychologue clinicienne

Victoria Herrmani

Psychologue clinicienne · psychothérapeute

Psychologue clinicienne et psychothérapeute depuis vingt-six ans, Victoria Herrmani a exercé quinze ans en institution, de la psychiatrie à l'aide aux victimes, avant de s'installer en libéral. Elle a fondé Ellipsy, organisme de formation certifié Qualiopi, dont elle a conçu tous les parcours. Elle est l'auteure de plusieurs ouvrages de clinique.

Elle reçoit en consultation à son cabinet des Hogues, près de Rouen, ainsi qu'en téléconsultation. Découvrir le cabinet

La formationEFT thérapeutique : un outil de régulation émotionnelle à intégrer dans votre pratique

L'EFT s'apprend vite, et c'est à la fois sa force et son piège. Quelques vidéos suffisent pour connaître les points et enchaîner des rondes de tapotement. L'EFT thérapeutique demande bien davantage : savoir quand l'utiliser, avec qui, comment viser l'émotion juste, et que faire quand elle déborde en séance.

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Cibler l'émotion juste : passer de la ronde générique à l'aspect précis qui entretient la souffrance.
Formuler les phrases d'acceptation avec les mots du patient, sans les lui souffler.
Conduire une séance complète sur le stress, les émotions envahissantes et les peurs ciblées.
Transmettre au patient une routine qu'il pratiquera seul entre les séances.

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Questions fréquentes sur le stress, l'anxiété et l'angoisse

Quelle est la différence entre l'anxiété et l'angoisse ?

L'anxiété anticipe un danger futur, souvent flou, et s'installe dans la durée. L'angoisse est une sensation plus physique et plus aiguë : une oppression sans objet clairement identifié. En français, la nuance existe depuis la fin du XIXe siècle. En anglais, les deux se disent anxiety, et les classifications internationales ne retiennent que l'anxiété.

Une crise d'angoisse et une attaque de panique, est-ce la même chose ?

Dans le langage courant, oui : on parle de crise d'angoisse là où les cliniciens parlent d'attaque de panique. Il s'agit d'une montée brutale de peur intense, accompagnée de symptômes physiques, qui atteint son maximum en quelques minutes. Une attaque isolée ne constitue pas un trouble. Des attaques répétées et inattendues, suivies de la crainte d'en refaire une, évoquent un trouble panique.

Le stress est-il un trouble anxieux ?

Non. Le stress est une réponse d'adaptation à une contrainte, utile à court terme. Quand il déborde, il peut conduire à un trouble de l'adaptation, que le DSM-5-TR classe parmi les troubles liés aux traumatismes et aux facteurs de stress, ou favoriser l'apparition d'un trouble anxieux ou dépressif. L'épuisement professionnel, lui, n'est pas classé comme un trouble mental.

Pour approfondir

  • Søren Kierkegaard, Le Concept de l'angoisse (1844), Gallimard, coll. « Folio essais ».
  • Sigmund Freud, Inhibition, symptôme et angoisse (1926), Presses universitaires de France.
  • Richard S. Lazarus et Susan Folkman, Stress, Appraisal, and Coping, Springer, 1984.
  • Aaron T. Beck, Gary Emery et Ruth L. Greenberg, Anxiety Disorders and Phobias: A Cognitive Perspective, Basic Books, 1985.
  • David M. Clark, « A cognitive approach to panic », Behaviour Research and Therapy, 24(4), 1986, p. 461-470.
  • Irvin D. Yalom, Thérapie existentielle (1980), Galaade, 2008.
  • Joseph LeDoux, Anxious: Using the Brain to Understand and Treat Fear and Anxiety, Viking, 2015.
  • American Psychiatric Association, Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, Fifth Edition, Text Revision (DSM-5-TR), 2022.

Les vignettes cliniques de cet article sont composites et anonymisées : elles combinent plusieurs situations et ne permettent l'identification d'aucune personne. Cet article a une visée d'information et de formation ; il ne remplace pas une consultation.

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